Dans un collège de l’académie de Créteil, la proviseure adjointe a déjà commencé à recenser les enseignants qui assurent des remplacements de courte durée via le Pacte. Sur les douze volontaires de l’année en cours, huit lui ont signalé qu’ils ne reconduiraient pas leur engagement si les conditions changeaient à la rentrée 2027.
Ce type de situation se retrouve dans de nombreux établissements du second degré. La fin annoncée du Pacte enseignant oblige les directions à repenser leur organisation bien avant la publication définitive du budget.
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Remplacement de courte durée : le chantier prioritaire des chefs d’établissement
Le remplacement des absences courtes reste la mission la plus massivement utilisée dans le cadre du Pacte. Les dépenses liées à ce poste sont passées de 27,72 millions d’euros en 2018-2019 à 101,94 millions d’euros en 2024-2025, selon les données de la Cour des comptes. Ce triplement du coût pèse dans les arbitrages budgétaires.
Pour les chefs d’établissement, le problème est concret : les élèves de collège et de lycée perdent toujours environ 10 % de leurs heures de cours annuelles. Le Pacte n’a pas résorbé ce déficit structurel. Il l’a partiellement compensé en mobilisant des volontaires, mais sans régler la cause, à savoir le sous-dimensionnement des viviers de remplaçants titulaires.
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Plusieurs directions travaillent déjà sur des alternatives internes. On voit émerger des pratiques qui ne dépendent plus d’un dispositif indemnisé temporaire :
- Constitution de pools de remplaçants au sein de l’établissement, avec des enseignants identifiés par discipline et par créneau disponible, indépendamment du Pacte
- Ajustement des services en début d’année pour intégrer des marges de remplacement dans les emplois du temps, plutôt que de les ajouter après coup
- Coopération inter-établissements à l’échelle d’un bassin de formation, permettant de mutualiser les ressources entre un collège et un lycée proches géographiquement
Ces pistes ne sont pas nouvelles, mais elles prennent un caractère urgent avec l’incertitude budgétaire autour du Pacte enseignant pour 2026-2027.

Pacte enseignant et budget 2026 : ce que dit réellement le projet de loi de finances
Le projet de loi de finances pour 2026 s’inscrit dans une logique de stabilisation des crédits de la mission enseignement scolaire, après six années de hausse continue. La mission n’est d’ailleurs plus le premier poste budgétaire de l’État, désormais devancée par la Défense.
Dans ce contexte, le Pacte n’est pas supprimé d’un trait de plume mais soumis à un recentrage probable. Les rapporteurs du Sénat pointent l’impossibilité de mesurer précisément combien d’enseignants touchent effectivement ce complément. La Cour des comptes confirme cette opacité : pas de données fiables sur le nombre réel de bénéficiaires ni sur l’impact pédagogique des missions réalisées.
Pour un chef d’établissement, cette absence de lisibilité budgétaire complique la planification. On ne sait pas combien de « briques » (les unités de mission du Pacte) seront disponibles à la rentrée suivante, ni si leur rémunération sera maintenue au même niveau. Les retours varient sur ce point selon les académies, certaines rectorats ayant déjà communiqué des enveloppes prévisionnelles réduites.
Circulaire de rentrée 2026-2027 : les signaux envoyés aux établissements
La circulaire de rentrée pour 2026-2027 donne quelques orientations, sans lever toutes les ambiguïtés. On y retrouve la priorité donnée au remplacement et à l’accompagnement pédagogique (type « Devoirs faits »), mais le cadre indemnitaire associé reste flou.
Les directions doivent préparer deux scénarios parallèles : un avec maintien partiel du Pacte, un sans. Cette gymnastique opérationnelle n’est pas anodine. Elle mobilise du temps administratif sur la répartition des services, les indemnités pour missions particulières (IMP) et la dotation globale horaire.
En pratique, les équipes de direction les plus avancées ont commencé à :
- Identifier les missions Pacte qui peuvent basculer vers des IMP classiques, avec un financement plus pérenne mais des montants souvent inférieurs
- Prioriser les missions à fort impact sur la continuité pédagogique (remplacement, soutien en mathématiques et en français) au détriment de missions perçues comme secondaires
- Engager un dialogue anticipé avec les enseignants volontaires pour évaluer leur disponibilité sous des conditions modifiées
Recrutement et attractivité : l’effet collatéral sur les établissements en tension
Dans les académies déficitaires comme Créteil, le Pacte a joué un rôle de complément salarial non négligeable pour des enseignants dont le traitement indiciaire reste bas en début de carrière. Retirer ce levier sans compensation risque d’aggraver les difficultés de recrutement dans les zones déjà sous-dotées.
Les chefs d’établissement en éducation prioritaire le savent : la capacité à proposer des missions rémunérées supplémentaires fait partie de l’attractivité d’un poste. Sans le Pacte, il faudra compenser autrement, par des conditions de travail, des projets d’établissement structurants ou un accompagnement renforcé des néo-titulaires.
La baisse démographique, souvent présentée comme une variable d’ajustement par le ministère, pourrait théoriquement libérer des postes. En réalité, la réduction du nombre d’élèves ne se traduit pas mécaniquement par des marges de manoeuvre dans chaque établissement. Les suppressions de postes touchent parfois des disciplines ou des niveaux déjà fragilisés.

La préparation de la rentrée 2026-2027 se fait dans un brouillard inhabituel. Les chefs d’établissement qui s’en sortent le mieux sont ceux qui ont cessé de considérer le Pacte comme un acquis et qui ont bâti des organisations capables de fonctionner avec ou sans lui.
Le vrai sujet n’est pas la fin d’un dispositif, mais la capacité du service public d’éducation à garantir la continuité des cours sans dépendre d’un mécanisme de volontariat indemnisé dont personne ne mesure vraiment les effets.

